« La dissolution des groupes de supporters pourrait aggraver les violences », affirme Daniel Riolo

Invité sur RMC, le journaliste Daniel Riolo dénonce une stratégie trop brutale du gouvernement envers les ultras. Selon lui, les dissolutions en cascade risquent de faire monter la tension dans les stades et d’aggraver un climat déjà explosif.
Un vent de fronde a soufflé dans les stades de Ligue 1 et de Ligue 2 ce week-end. Unis pour une fois, les groupes de supporters ont manifesté leur opposition aux récentes décisions du ministère de l’Intérieur. Depuis sa nomination, Bruno Retailleau a lancé une vague de dissolutions visant plusieurs groupes ultras, notamment à Saint-Étienne. Des décisions qui font grincer des dents, y compris au sein des spécialistes du sujet. Sur RMC, Daniel Riolo n’a pas mâché ses mots : pour lui, ces mesures précipitées risquent de provoquer l’effet inverse de celui recherché.
Une méthode jugée trop directe par les acteurs du terrain
« La surprise, c’est que Bruno Retailleau s’empare aussi vite du dossier », souligne Daniel Riolo dans l’émission Apolline Matin. « Il dit : ‘on va faire le ménage dans les tribunes’ alors même que la Direction nationale de la lutte contre le hooliganisme (DNLH) estime que c’est trop direct de lancer le débat de cette manière. »
Le cas de Saint-Étienne illustre bien cette inquiétude. Les associations Green Angels et Magic Fans, historiquement liées au club et très influentes dans la ville, sont dans le viseur du ministère. Mais pour Riolo, la question dépasse les simples sanctions. Elle touche à l’organisation même de la vie dans les stades et à la place qu’y occupent les supporters. « À Sainté, c’est 16.000 personnes concernées. C’est énorme. Dans une ville comme celle-là, ça représente un dixième de la population. Il faut comprendre ce que ça veut dire avant de prendre des mesures aussi radicales. »
Un risque d’escalade si le dialogue est rompu
Ce que craint l’éditorialiste de l’After Foot, c’est l’escalade. En dissoudant les groupes sans stratégie globale ni concertation, on risquerait de jeter de l’huile sur le feu. « Vous risquez des faits de violences encore plus graves », prévient-il. « La dissolution ne va pas empêcher les gens encartés de venir au stade. Elle les rend juste invisibles. C’est un leurre. »
Le journaliste dénonce aussi une forme d’hypocrisie dans la gestion de ces crises. « Les dirigeants de clubs ne bougent pas quand il s’agit de dialoguer. Puis, quand le vent tourne, ils se cachent derrière les décisions de l’État. Tout le monde se renvoie la balle depuis des années. »
Un précédent qui n’a rien résolu
Loin de nier les débordements passés ou les violences réelles imputables à certains groupes ultras, Daniel Riolo rappelle que la dissolution n’est pas une baguette magique. « On a dissous les associations du Parc des Princes. Et pourtant, un an après, il y avait un mort autour du stade. Ce n’est pas une solution miracle. »
La problématique, selon lui, est plus profonde. Elle tient à la manière dont la culture supporter est encadrée – ou non – en France. « Il faut repenser la façon de supporter son équipe dans un stade. Sinon, on en arrivera à adopter le modèle anglais. Là-bas, on a mis fin à toute forme de supportérisme en augmentant les prix et en changeant la sociologie des tribunes. Mais si on fait ça en France, en pleine crise économique du foot, on va vider les stades et tuer l’économie de ce sport. »
Des contradictions jusque dans les cortèges
Le malaise est d’autant plus fort que les alliances de circonstances entre clubs et supporters interrogent. « Ce week-end, au défilé de soutien aux ultras de Saint-Étienne, il y avait en tête de cortège des dirigeants du club. Ceux-là mêmes qui, il y a encore deux ou trois ans, étaient pris pour cible par les mêmes groupes. Tout cela n’a pas de sens. »
Riolo regrette également que les médias eux-mêmes ne soient pas toujours cohérents. « On aime montrer l’ambiance, les tifos, les chants… Mais on ne veut pas assumer les conséquences d’un supportérisme passionné. C’est cette ambiguïté permanente qui empêche d’avancer. »
Vers une nécessaire réforme du dialogue
En filigrane, c’est bien l’absence de dialogue qui est pointée du doigt. « Vouloir mettre de l’ordre sans préparer le terrain, ça va être problématique », insiste Daniel Riolo. Pour lui, une réforme de fond est indispensable, mais elle ne peut passer par la brutalité seule. « Ce n’est pas que je suis contre les dissolutions. Mais il faut faire extrêmement attention à ce qu’on fait. On parle de football, d’un lien social fort dans certaines villes, de dizaines de milliers de personnes. On ne peut pas traiter ça comme une opération de police. »
Alors que les banderoles de protestation continuent de fleurir dans les stades, le débat ne fait que commencer. Entre sécurité, passion populaire et survie économique, le football français marche sur une corde raide.